Octobre 2016

Banque du Canada

19 octobre 2016

La BdC a discuté activement de la possibilité de baisser les taux

Comme on s’y attendait généralement, la Banque du Canada a laissé le taux de financement à un jour inchangé à 0.50% aujourd’hui. Mais son message était très conciliant. La banque centrale s’attend à ce que la croissance canadienne dépasse son potentiel au deuxième semestre de l’année, grâce aux mesures de stimulation budgétaires fédérales. Elle a néanmoins réduit ses prévisions de croissance à la fois pour cette année et pour l’année prochaine, si bien que le profil de croissance est maintenant plus bas que celui projeté en juillet. La BdC estime que cette situation est attribuable en grande partie à un ralentissement à court terme de l’activité de revente de logements et à une trajectoire de croissance plus basse pour les exportations. Elle a ajouté que les mesures pour promouvoir la stabilité du marché immobilier résidentiel « vont probablement freiner l’investissement résidentiel, tout en atténuant les vulnérabilités dans le secteur des ménages ». La banque centrale est aussi moins optimiste au sujet du commerce international en raison « des estimations plus faibles relatives à la demande mondiale, d’une composition de la croissance de l’économie américaine qui semble moins favorable pour les exportations canadiennes, et des défis sur le plan de la compétitivité auxquels continuent de faire face les entreprises canadiennes ». Alors que la BdC pensait que l’économie mondiale reprendrait de l’élan au deuxième semestre de l’année, grâce en partie aux États-Unis, elle est restée prudente comme en atteste une révision à la baisse de ses prévisions de croissance mondiale à tout juste 2.8% cette année et 3.2% en 2017.

La banque centrale a abaissé sa prévision de croissance canadienne du PIB réel pour 2016 à 1.1% (auparavant 1.3%), et celle pour 2017 à 2.0% (auparavant 2.2%). La croissance est restée inchangée pour 2018 à 2.1%. Le profil de croissance trimestriel révèle un deuxième semestre plus lent que ce qui avait été imaginé précédemment, le chiffre du T3 étant ramené à 3.2% et celui du T4 à 1.5%. La révision à la baisse pour l’année prochaine était en grande partie due au logement dont la contribution a été rabaissée de 0.1% à -0.2%. Le commerce international a aussi été revu un peu à la baisse. Ces révisions ont largement contrebalancé les révisions à la hausse des dépenses des administrations publiques (de 0.6% à 0.7%) et de la consommation (de 1.1% à 1.2%). Le revenu intérieur brut devrait augmenter de tout juste 0.3% cette année (contre une prévision de 0.6% en juillet) et de 2.1% en 2017 (contre 2.9% dans l’estimation de juillet). La croissance du PIB potentiel est restée inchangée à 1.2-1.8% pour cette année et 1-2% pour l’an prochain. La BdC estime que les capacités excédentaires inutilisées à la fin du T3 se situaient entre 1 et 2%. La banque centrale s’attend maintenant à ce que les excédents de capacités soient éliminés d’ici la mi-2018, ce qui contraste avec le RPM de juillet dernier où elle prévoyait un retour à la pleine capacité d’ici la fin de 2017. Les prévisions d’inflation de la banque centrale ont été revues à la baisse, mais la BdC s’attend à ce que l’inflation frise les 2% à partir du début de 2017 « quand les facteurs temporaires se seront dissipés et que la marge de capacités excédentaires aura été absorbée ».

Conférence de presse:

Dans son mot d’introduction, le gouverneur Stephen Poloz a reconnu que, malgré les récentes améliorations, le niveau des exportations reste inférieur à celui projeté dans le dernier RPM. L’écart pourrait être expliqué en partie par la faiblesse de la croissance américaine mais semble aussi due à des facteurs plus structurels. Le gouverneur a aussi parlé des nouvelles mesures mises en place par le gouvernement fédéral en réaction aux craintes concernant l’endettement des ménages (p. ex. le crédit hypothécaire) qui auraient néanmoins une incidence négative sur l’économie à court et à moyen terme. Cela explique la révision à la baisse par la BdC des prévisions de croissance canadienne. Dans ce contexte, le Conseil de direction a « discuté activement » de la possibilité d’ajouter des mesures de stimulation monétaires. Cependant, il a décidé de ne pas bouger, préférant attendre de nouvelles statistiques. Le gouverneur a salué les nouvelles mesures macro-prudentielles, disant qu’elles soulagent les contraintes pour la Banque du Canada dans la décision sur la politique monétaire. Par exemple, bien qu’une baisse des taux d’intérêt entraînerait probablement une augmentation des dettes, la qualité des prêts serait meilleure, ce qui atténuerait le risque pour la stabilité financière.

Conclusion:

Le communiqué de la Banque du Canada était plutôt accommodant malgré la décision du maintien du taux de financement à un jour. La banque centrale a revu à la baisse ses prévisions de croissance canadienne à la fois pour cette année et pour l’an prochain, l’écart de production restant béant jusqu’au milieu de 2018. Cela ne représente guère que deux trimestres de plus que dans la prévision antérieure, mais la banque centrale a qualifié ce changement d’important. La BdC communique clairement qu’il n’y a pas de hausse de taux d’intérêt à l’horizon. Et une baisse des taux? C’est une possibilité, surtout si on considère que le sujet a été « discuté activement » à la réunion d’aujourd’hui. Cependant, il est bon de noter que le gouverneur Stephen Poloz, ne semblait pas avoir une confiance débordante dans les prévisions de la BdC durant la conférence de presse, reconnaissant qu’il pourrait y avoir des risques de hausse, particulièrement en ce qui concerne le logement. On notera que le gouvernement fédéral doit annoncer prochainement son objectif pour 2017 en matière d’immigration, qui devrait être augmenté considérablement par rapport à son niveau actuel de 300,000 personnes par an. Si cela se matérialise, la demande de logements dans les plus grandes régions métropolitaines du Canada augmentera. Nous continuons de croire que la prochaine décision de la BdC sera d’augmenter les taux d’intérêt, mais pas avant 2018 étant donné les perspectives de la banque centrale concernant l’écart de production.

Paul-André Pinsonnault/Krishen Rangasamy

Économiste principal, Revenu fixe/Économiste principal